Un peu de toponymie en lyonnais...

La toponymie aux alentours de Lyon révèle l’influence d’une présence gallo-romaine. Si Lugdunum était bel et bien une cité importante, les campagnes alentours n’étaient pas désertes, comme le témoigne nombre de lieux décrits ci-dessous. Le moyen-age a aussi laissé des traces dans nombre de lieux...

Ampuis

Ce village semble devoir son nom au latin "emporium", emprunté au grec et désignant un marché ou une place de commerce. En effet, un comptoir commercial aurait été installé à cet endroit, bien avant l’arrivée des Romains. Depuis l’époque romaine, on cultive la vigne qui monte à l’assaut des coteaux escarpés. Il est possible également que le mot vigne, du grec "ampelos " soit aussi à l’origine du nom de la commune. Il y a deux mille ans déjà, des auteurs latins tels que Pline célébraient ce vin connu sous le nom de "vin viennois".

Dans l’église on voit encore un superbe chapiteau romain, réutilisé comme support d’un bénitier. Une borne milliaire portant des inscriptions à la gloire de l’empereur Maximin fut réutilisée au Moyen-Âge comme pilori. Les condamnés y étaient attachés à l’aide d’un carcan, d’où le nom de « le Carcan » donné à ce quartier de la cité. La borne est aujourd’hui au musée gallo-romain de Lyon.

L’Azergues - Dorieux

La tradition veut que l’appellation de ce cours d’eau proviendrait de l’arabe « eaux bleues ».

Citons également le hameaux de Dorieux ou du pont de Dorieux, lieu de passage ancien sur l’Azergues (commune de Lozanne). L’importance géographique de ce site au confluent de la Brévenne et de l’Azergues est soulignée par la continuité de l’occupation humaine. L’occupation préhistorique est attestée, de même l’occupation gallo-romaine. L’Azergues fut jadis très difficile à traverser à cause des fréquentes crues, un des trois ponts médiévaux se situait surtout à Dorieux près de l’important prieuré du 13e siècle.

La racine préceltique *dur, *dor est à l’origine de nombre d’hydronymes : Durance, Drôme, Dordogne, Doire, Doron, Dranse... Est-ce le cas de Dorieux ?

Mais Dorieux, à la confluence de deux rivières, peut également provenir de "Duo Rieux" : deux cours d’eau.

Chazay d’Azergues

Chazay (casetus ou casetum, petit châtelet), comme beaucoup de villes, tire son nom de son ancien château. Suivant toutes probabilités, Chazay fut, à l’époque gallo-romaine un lieu d’une certaine importance placé sur la voie qui partait d’Anse pour remonter la vallée de l’Azergues par la rive gauche de cette rivière.

Nul emplacement ne pouvait être mieux choisi pour garder l’entrée de cette vallée et la dépression qui sépare les monts du Beaujolais des monts du Lyonnais.

Collonges au Mont d’Or

D’après S.Gendron, les lieux dérivés du bas-latin colonica, "ferme confiée à un colon (colonus)", c’est à dire un paysan libre, peuvent donner des toponymes du type Collonge, Colonges, Coulange, Collanges, etc. L’histoire des communes voisines est marquée par la présence de villas et domaines gallo-romains, par exemple la Villa Calciencis à Saint Cyr au Mont d’Or. Le nom de la paroisse de Collonges est attestés sous la forme de Colonias en 1004, de Colungiis en 1176, de Colungias en 1201, pour arriver aux altas et bassas Colungias (hautes et basses Colunges), puis à la forme de Colonge récent et actuellement Collonges.

Gorge de Loup (Lyon)

Probablement lié à la géographie de ce vallon encaissé exposé au nord, et donc (presque) aussi sombre que la gorge d’un loup !

Lentilly

Voici une signification possible de ce toponyme trouvé sur http://www.lentilly.info

LENTILLY aurait été un poste avancé créé par Lentulus - chef militaire du camp de Tassin ou praticien lyonnais, de là le nom de Lentilly. C’est ce qu’indique l’ouvrage "Géographie du Département du Rhône" édité en 1897 par F.-A. Varnet.

Le Père Relave conteste en partie cette hypothèse.

"Que le nom de Lentilly vienne du latin Lentulus, soit, nous le croyons. Seulement, les archéologues avertis nous disent que le camp romain de Tassin n’a jamais existé que dans l’imagination fantaisiste de quelques auteurs en mal d’explications originales. On n’a donc pas établi un poste avancé ici et Lentulus n’était pas un chef militaire du camp inexistant de Tassin".

Il est donc certain que le nom de Lentilly est romain, comme aussi celui de Salvagny. Selon le Père Relave, plusieurs documents anciens indiquent "Lentilleu", "Salvaneu". C’est du patois, dérivé du latin. Le latin disait probablement Lentulus et Salvanus que les indigènes du pays devaient prononcer Lentilliu et Salvaniu.

Certains scribes, voulant donner à ces noms une véritable allure latine, écrivirent Lentilliacus et Salvaniacus [1]. C’est ainsi, toujours selon le Père Relave, que l’on trouve dans certains documents Lentilleu et Salvaneu, et sous une forme plus élevé : "église de Lentilliaco" et "église de Salvaniaco", formes qui finirent par prévaloir au Moyen Age. C’est de ces noms-là, Lentilliacus et Salvaniacus, que sont venus Lentilly et Salvagny. Si les scribes n’avaient pas voulus être si savants, on dirait aujourd’hui Lentillieu et Salvanieu, comme on dit Courzieu et Sourcieu !

Mais qu’était Lentulus ? Probablement un nom de personne. Lentulus était sans doute un gros propriétaire, ou un administrateur d’un rang élevé, ou un personnage important quelconque.

Marcilly d’Azergues

Marcilliacum, le domaine de Marcellus. Plus ancienne mention connue : 968 circa (« Marcilliaco villa », cf. Auguste BERNARD, Cartulaire d’Ainay, 1853, p.552, n°3). On trouve : Marcillieu au XIIIe siècle (cf. M.-C. GUIGUE, Polyptique de l’église collégiale de Saint-Paul, 1875) ; Marcilliaco d’Asergues en 1438 (cf. R. FEDOU, Le terrier de Jean Jossard, 1966, p. 104 à 121) ; Marcilly d’Azargues en 1573 (Nicolas de Nicolay, Description générale de la ville de Lyon et des anciennes provinces de Lyonnais et de Beaujolais, publiée à Lyon en 1881).

Montromant

La commune doit son nom aux Romains : le nom de la localité serait dérivé de Mont Romain ou Mont des Romains. Montromant est cité avec l’orthographe "Mont Roman " dans une charte de l’an 1206 � propos de la reconnaissance d’un fief appartenant à Hugues Arnaud, Damoiseau.

Autrefois, la commune de Montromant servit de camp de base pour la surveillance de l’aqueduc qui alimentait Lyon en eau de source. Cet aqueduc construit de 41 à 54 après J.-C. était connu plus tard sous le nom de " Trou des Sarrasins ".On peut encore repérer une portion de l’aqueduc sur presque tout son parcours du Bois de la Bonnette au Bois de la Cure ; il est remarquablement conservé. Très récemment a été ouvert un sentier balisé grâce auquel on peut suivre l’aqueduc sur environ 400 m ; ce sentier empreinte sur une partie de son parcours une voie romaine.

Vaugneuray

Vaugneray viendrait du latin Valle Nereia (« val noir ») appellation mentionnée dans une charte en l’an 994. Pourquoi cet adjectif "noir" ? Est-ce dû à la vallée dans laquelle se situe Vaugneray, creusée jusqu’au col de Malval , ou à la couleur de la pierre locale presque noire, la vaugnerite, dont l’exemple le plus frappant est son utilisation pour l’église du village, terminée en 1865 ?

Villeurbanne

Ce toponyme vient de Villa Urbana qui rappelle la présence d’une ancienne propriété rurale gallo-romaine autour de Cusset et Grandclément. La villa urbana ou pars urbana était la partie d’une villa romaine qui était réservée à la résidence du maître. Par la suite, le village s’est édifié sur la hauteur de Cusset à l’abri des crues fréquentes du Rhône.


Bibliographie.

GENDRON 2006


Pages sympathiques sur la toponymie :
- http://v.niaux.googlepages.com/rolandniauxtoponymie
- http://henrysuter.ch/

[1] Le nom latin " Silvaniacus " pourrait désigner également un lieu défriché sur la forêt, preuve qu’en matière de toponymie l’explication du nom des lieux suit toujours plusieurs hypothèses, parfois difficiles à vérifier, à défaut de découvertes archéologiques venant confirmer l’origine du nom

Posté le 17 février 2007 par Webmestre